Si tu as suivi les emails de cette semaine, tu sais que j’utilise “dépression” comme équivalent pour dire “dysphorie”. Un état qui existe donc en dépression mais aussi en burnout autistique.
C’est un état de mal-être horrible. Le but est donc évidemment d’en sortir. Mais y’a un équilibre à tenir.
“Pourquoi es-tu dans cet état ?”
Ça souvent été la première question qu’on m’a posé quand j’ai dit que j’étais en dépression. C’est normal. L’idée ici c’est pas de blâmer les gens qui m’ont demandé ça puisque si tu fais partie des gens qui m’ont demandé ça, ça veut aussi dire que tu fais partie des gens avec qui je me sens assez en sécurité pour te dire que je suis en dépression au moment même où je le suis.
Mais y’a un souci avec cette question qui fait que je ne la recommande pas. Avant de te dire le souci, petite parenthèse coïncidence.
Une autre punaise de lit sur le rideau de douche ?
J’étais dans ma douche y’a quelques minutes. Je réfléchissais à quoi écrire pour l’email. Quand soudain, l’histoire se répète. Mon champ de vision périphérique capte un truc vivant sur le rideau. De la taille d’une punaise de lit.
Je tourne la tête et…
… c’est une coccinelle !
Ouf.
Cette anecdote ne servait à rien mais ça m’a fait rire d’avoir une telle coïncidence.
Je sais quoi faire mais je n’arrive pas à le faire
J’en ai déjà parlé mais j’insiste : la personne peut manquer d’énergie pour faire ce qu’il faudrait pour sortir de l’état dépressif.
J’ai commencé à remplir The autistic burnout workbook. Je me suis arrêté à la première page que j’ai remplie :
Bon bah ça m’a fait une belle jambe : je savais déjà que j’étais en burnout. Mais je n’ai plus jamais retrouvé l’énergie d’ouvrir ce carnet.
Idem pour le hammam qui est un des trucs qui me fait du bien… trop dur d’y aller.
En ce qui concerne le vélo… ça dépendait des jours. Mais j’ai réussi à me motiver en envoyant, régulièrement des photos comme ça à ma compagne :
Une demie-heure de vélib sans autre but que de me faire pédaler et sortir de chez moi.
Mais… je me suis autorisé à rompre la série. Précisément parce que : sortir de la dépression ne doit pas devenir une charge émotionnelle de plus.
La culpabilité est une émotion mordante pour une personne en dépression. C’est pour ça que, quand on y arrive, l’indulgence envers soi est primordiale.
Ne parlons même pas de l’indulgence de l’entourage.
Le problème de la recherche de la cause
C’est là que vient le souci de demander pourquoi. Même si ce n’est pas l’intention ça sous-entend un peu que c’est la “faute” de la personne. Ou que y’a au moins une responsabilité. Par exemple si j’attrape la grippe parce que j’ai fait la bise à un collègue qui l’avait, on voit bien ma part de responsabilité.
Sauf qu’une dépression peut survenir sans raison. Ou plutôt avoir une cause tellement multifactorielle que c’est comme si.
Attention, je ne dis pas que connaître la cause est inutile quand elle est identifiable. Mais si la personne la cherche, elle va probablement t’en parler spontanément. Si la personne l’a identifiée, elle va probablement t’en parler spontanément.
Ou… même sans être dans aucun de ces cas, la question viendra assez naturellement au cours de la discussion sans que ça soit la première.
Proposer ou imposer son aide
Bon… ça demande un équilibre très subtil. Mais parfois il faut imposer de l’aide et pas simplement la proposer.
Ça demande évidemment de très bien connaître la personne. Si tu doutes, autant te limiter à proposer, ce qui est déjà énorme.
Pourquoi “imposer” ? Parce que parfois c’est trop dur de dire explicitement oui à une proposition d’aide.
Je ne te parle pas d’enfreindre le consentement de la personne. Par exemple, ça aurait été horrible si on m’avait dit okay demain y’a un·e coach qui débarque chez toi, j’ai déjà tout organisé.
En revanche, quand mon amie m’a demandé si je voulais essayer un Xanax… je ne voulais pas. Elle était extrêmement convaincue que ça allait m’aider. Alors elle m’a juste donné 2 cachets dans leur emballage pour que je les ait sur moi. Cette action ne m’oblige à rien, elle me rajoute juste une possibilité.
C’est d’ailleurs cette même amie qui, quand je suis en shutdown me ramène un verre d’eau au lieu de me demander. C’est trop dur de répondre oui quand je suis en shutdown. Or, beaucoup de gens ont ce réflexe de me demander. Alors que le ramener à côté de moi me rajoute la possibilité sans avoir à enfreindre mon consentement.
Es-tu en burnout autistique ?
Vous avez été plusieurs à m’écrire que cette semaine d’emails vous a parlé parce que vous étiez actuellement dans un état similaire. Je vous envoie tout mon courage virtuel.
Maintenant, je me dis que y’a peut être des personnes qui se demandent si elles sont dans cet état.
Voici deux test pour creuser l’idée :
L’autistic burnout construct, un test de 8 questions en anglais. Le seuil est à 32 (inclus).
👉🏾 https://embrace-autism.com/autistic-burnout-construct/
L’indicateur de surcharge autistique, un test de 10 questions en français. Le seuil est à 7/10 (inclus). Mais ce n’est pas directement un test de burnout, c’est un test de surcharge de manière générale. Donc tu peux le faire chaque semaine pour voir où tu en es, même quand ça vient. En revanche, l’idée c’est que si tu es à 7/10 depuis au moins 3 semaines alors ça vaut le coup d’explorer la piste burnout.



