Dans Bref 2, y’a un moment où le personnage principal décrit les personnes Moi aussi. Ce seraient des personnes qui ramènent l’attention à elle.
Voilà un exemple de réaction (@nirinaytb sur Instagram) face à la scène en question :
Les personnes atteintes du syndrome Moi aussi essayent dans les conversations de tout rapporter à elles dans tous les cas. Lorsque vous allez aborder un sujet, elles vont dire moi aussi, ne pas rebondir sur votre propos et parler d'elle. Ce sont également les personnes qui ne posent pas la question Et toi ? dans les conversations et qui monopolisent la parole.
C’est fou parce que, moi, j’ai été immédiatement gêné par cette scène. Mais, plus largement, j’ai toujours été gêné par cette stigmatisation du moi aussi. Bien avant de savoir ce qu’est l’autisme.
Car, tu te doutes que je vais te dire que ce sont des personnes autistes qui sont ici décrites. Sans compter que, le personnage qui est décrit ainsi dans la série est également décrit avec plein d’autres traits autistiques. Je sais que ce n’est pas conscient mais ça s’inscrit dans une dynamique globale que j’ai beaucoup observé dans la fiction française : quand on veut écrire un personnage drôle et touchant, on écrit souvent un·e autiste sans s’en rendre compte.
L’empathie autobiographique
J’ai découvert le concept sur @whileyouwonder. Elle l’appelle anecdotal sharing.
J’ai choisi de traduire par empathie autobiographique au lieu de partage anecdotique car je trouve que ça décrit mieux le concept.
En gros, l’idée c’est que les autistes ont tendance à nouer de l’empathie via le partage d’expériences similaires personnelles.
Si une personne me raconte qu’elle est en dépression par exemple, je vais avoir tendance à lui raconter comment moi j’ai vécu les miennes. Mais, contrairement à ce que suggère Bref, ce n’est pas une manière de ramener à moi. C’est au contraire une manière d’envoyer de ma force vers toi.
Car… à l’inverse, je suis extrêmement frustré par la manière alliste de témoigner de l’empathie qui consiste à balancer des phrases creuses comme ça ira mieux.
Et en l’écrivant je me rends compte à quel point c’est fou comment on a laissé des gens nous dire que l’empathie c’est de balancer des phrases creuses au lieu de prouver qu’on peut vraiment comprendre la personne car on a vécu quelque chose de similaire.
Ça permet également de pouvoir dire moi dans cette situation j’ai fait telle chose qui m’a aidé sans pour autant donner un conseil non-sollicité (c’est pas parce que j’ai fait telle chose que tu dois faire pareil).
D’ailleurs, ça marche aussi dans l’autre sens : si je n’ai pas vécu de choses similaires je vais aussi le dire pour montrer que je ne suis pas compétent à comprendre pleinement même si je suis là pour t’aider.
Je ne nie pas qu’il existe des “moi aussi” pour ramener à soi
Bien entendu, il existe également des personnes qui vont avoir cette tendance pour réellement ramener à soi.
Mais ce que je dis c’est que tous les moi aussi ne sont pas des tentatives de ramener à soi.
PS : comme à chaque fois n’oublie pas que c’est pas parce que tu ne fais pas un truc autistique que tu n’es pas autiste. Et quand je dis une manière alliste, ça veut pas dire que les autistes le font pas puisque la plupart des autistes développent une capacité à parler la langue alliste.

Ouiiiii !!! Depuis que j'ai chaussé mes lunettes neurodiverses, je n'arrête pas de voir ces caractérisations dans des personnages de fiction. J'en arrive même à me demander si tous les personnages centraux de fiction ne sont pas inspirés par des neurotypes hors-norme, et c'est précisément ce qui les rendrait intéressants. Ce ne serait pas étonnant vu la quantité d'auteurs qui n'ont pas à chercher plus loin que leur propre cerveau pour trouve des sensibilites et des expériences neuroatypiques. Le souci... C'est que comme beaucoup de choses dans la neurosphere, ces fictions sont construites sans connaissance et sans conscience. Ainsi un personnage clairement caracterisé par des traits TSA va, au cours de l'histoire "évoluer", c'est à dire devenir plus souriant, plus sociable, moins autiste et plus normé grâce au parcours de l'histoire qu'il vit. En terme de systémie, c'est logique, les rouages nous abreuvent d'injonctions aspirationnels à maintenir et reinforcer les normes systémiques, quitte à broyer les individus nichés dans ses marges. Quitte à ignorer que si tant de gens sont touchés par ces personnages, ça nous apprend peut-etre quelque chose sur la réalité de cette prétendue majorité neurotypique. Bref. Pendant des années, j'étais scénariste neuroignorante j'écrivais ce genre de chose. Aujourd'hui je vois la toxicité de ces récits, qui renforcent encore et encore le mensonge que ces expériences neurologiques sont des états temporaires dont on peut se défaire grâce à l'amour, l'effort, la discipline, la détermination, l'amitié, le succès, l'illumination. Si je devais me remettre à écrire pour la télé, j'écrirai des histoires de personnes bizarres qui découvriraient que leur bizarrerie est riche et acceptable, et ce serait le monde autour d'eux qui évoluerait pour accueillir leurs dons comme leurs besoins. A voir si cela serait diffusé...