Cette semaine je vais mettre à l’honneur des éléments de la culture autistique.
Même avertissement que d’habitude : toutes les personnes autistes ne partagent pas tous les éléments de la culture.
C’est quoi l’infodump ?
En réalité, le nom est péjoratif. Même s’il vient de la communauté autistique, on sent quand même la part de jugement. D’ailleurs :
Dans un contexte littéraire, l'infodumping a lieu quand l'auteur partage un grand nombre d'informations, surtout quand celles-ci sont superflues ou ennuyeuses. Cela peut ralentir le rythme de la narration et nuire à la qualité de l'écriture1
Je préfère largement communication en tunnel. Surtout que le mot d’infodump induit en erreur. Comme d’habitude ça met en avant le même type d’autistes : les hommes blancs. L’infodump ça serait l’idée de l’autiste qui va envoyer plein d’informations sur son intérêt dit spécifique (encore un nom condescendant) comme les trains.
J’ai compris ce souci avec une des premières femmes autistes que j’ai identifiée dans mes cercles. Elle a réussi à faire du small talk - infodump alors que ce sont deux concepts fréquemment opposés : on dit que l’infodump c’est le small talk des autistes et vice-versa.
Ça m’est venu d’un coup pendant qu’elle parlait. Oui, elle parle de sujets qui sont souvent associés à la communication alliste MAIS elle le fait en tunnel. C’est pour ça que je n’avais l’impression qu’elle était alliste. J’ai eu la révélation d’un coup et ça a été le début de la recherche des autres traits autistiques.
L’autre erreur selon moi du concept d’infodump c’est qu’on l’associe à un enthousiasme. La personne autiste n’arriverait pas à contenir son enthousiasme pour un sujet et fait donc de l’infodump.
Pourtant… je fais de l’infodump sur plein de sujets qui m’intéressent pas tant que ça.
Parce que, pour moi, le pilier ce n’est pas “l’infodump”, c’est le parler tunnel.
Je communique comme ça parce que le parler ping-pong me fatigue trop parce que je ne regarde pas les gens dans les yeux, que je capte pas les “pulsations” de la discussion et que j’ai un temps de digestion de l’info sociale plus long que la moyenne.
Gloire à l’infodump
Beaucoup d’autistes, voient ça comme un truc négatif. Au point que j’ai une amie qui m’a un jour dit : mais j’ai le droit de te parler sans m’arrêter ?
Ça a même été un sujet de dispute : des autistes qui voient l’infodump comme négatif essaient de m’empêcher de le faire, alors qu’iels le font tout autant ! Iels projettent la honte sur moi.
C’est un réflexe normal d’une population stigmatisée : on intériorise l’autistophobie.
Alors que, quand on s’y penche plus sérieusement, quel est le problème de l’infodump ?
On dit des trucs pas intéressants ?
Parce que c’est intéressant ce qui est dit habituellement dans le small talk ?
D’ailleurs, quand je ne suis plus intéressé par le tunnel d’un·e autiste, je me contente de ne plus écouter activement en attendant que ça finisse et que ça soit à mon tour.
Alors que quand je ne suis plus intéressé par le small talk d’un·e alliste c’est un calvaire : vu que la personne veut faire du ping-pong elle a besoin de moi pour renvoyer la balle. À chaque renvoi c’est une angoisse pour savoir quoi renvoyer.
Les allistes aiment ça
J’ai beau être un homme, j’ai quand même connu des situations où le poids du jugement m’empêchait de faire ma communication tunnel. Alors j’ai trouvé une astuce que je pensais être le seul à connaître avant de savoir que j’étais autiste : le mode journaliste/psy.
Le mode journaliste-psy ça vient d’un constat (non-conscientisé) :
la communication ping-pong m’épuise
je suis jugé si je communique en tunnel
Solution : inciter l’autre personne à faire un tunnel sur un sujet qu’elle aime. Et si je ne sais pas ce qu’elle aime je la fais parler d’elle-même.
Ça marche quasiment à tous les coups.
Certaines personnes finissent même en disant qu’on les a jamais autant écoutées.
Je suis sûr (je ne me base sur aucune étude scientifique) que beaucoup d’allistes communiquent plus facilement en tunnel. Ce qui les en empêche c’est que ça se fait pas. Et, comme iels ont beaucoup plus de facilité que nous à faire le ping-pong, iels le font.
D’ailleurs, on peut retourner le truc : beaucoup d’autistes aiment la communication ping-pong, moi le premier. J’adore les contextes où je peux avoir de la répartie. Mais… ça me consomme énormément d’énergie.
