Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines, mes voisines à des inconnus
Voilà comment parlait Jean-Marie Le Pen. Il le disait pour justifier de mieux traiter les français que les autres. En d’autres termes, ça lui permet de justifier son racisme.
Ceci étant dit, si on prend la phrase hors du contexte, on sent quand même que ça décrit un phénomène courant. Y’a en effet, beaucoup de gens qui se comportent comme ça.
Moi le premier. Évidemment que je vais faire plus de choses pour mes ami·es que pour des inconnu·es. Mais le diable est dans la proportion.
C’est pour ça que ça plaît tant à l’extrême-droite : on a un principe qui est assez largement partagé qualitativement mais qui donne des résultats très différents si on change la quantité.
Et il se trouve que ça n’est pas qu’une question de droite/gauche. C’est aussi une question d’autistes/allistes.1
Les autistes ont une générosité plus indépendante de la proximité sociale
En 2024, puis en 20262, une équipe de chercheur·euses (Forbes, Schilbach, Kalenscher et leurs collègues) vont publier leurs études sur le Social discounting.
Le Social Discounting, qu’on pourrait traduire par soldes sociales c’est le fait que nous avons tendance à partager moins de ressources avec les personnes qui sont les moins proches de nous.
Or, il semblerait que les autistes soient, en moyenne, moins touché·es par ce phénomène. Ou, pour citer l’étude de 2024 :
Les résultats suggèrent que les personnes autistes se sont montrées plus généreuses car elles ont pris des décisions équitables (un partage égal de l'argent) de manière plus constante, indépendamment du degré de proximité ressenti envers la personne avec qui elles partageaient.
Ce n’est pas un résultat nouveau puisque deux études de 2019 suggéraient déjà que les autistes étaient moins influencé·es par le degré de proximité avec les personnes quand il s’agissait de partager des ressources.
Sauf que y’avait une étude qui disait que, par conséquent, les autistes partageaient davantage en moyenne. Mais l’autre disait que, au contraire, les autistes partageaient moins en moyenne.
En d’autres termes y’a une étude qui suggère que, par rapport aux allistes, les autistes traitent mieux les inconnu·es et pareillement leurs proches et une autre qui dit que les autistes traitent pareil les inconnu·es et moins bien leurs proches.
On a donc ici un renforcement du premier résultat : une augmentation globale de la générosité.
Mais, tu sais quoi ? Admettons que ça soit une diminution globale. Ce qui fait consensus c’est une plus grande indépendance du comportement de générosité vis-à-vis de la proximité sociale.
Je trouve que c’est, en soi, un résultat intéressant.
Nous proposons qu'une application plus constante des normes d'équité chez les personnes autistes pourrait expliquer ces effets. Cette hypothèse est soutenue par le constat que les personnes autistes prennent des décisions plus constantes, font preuve de moins de flexibilité dans le respect des règles morales, et sont plus susceptibles d'adopter l'équité comme principe fondateur de leur positionnement moral.
D’autant plus quand on sait à quel point le mythe des autistes qui n’auraient pas d’empathie est encore tenace de nos jours.
Autistic adults show enhanced generosity to socially distant others, Forbes, P. A., Chaliani, I., Schilbach, L., & Kalenscher, T. (2024)
Increased prosocial value orientation in autistic adults. Forbes, P. A., Hughes, G., Schilbach, L., White, S., & Kalenscher, T(2026).https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/13623613251385029
