Plusieurs mamans d’enfants autiste, m’ont raconté la même histoire. Elles commencent à se dire que leur enfant est autiste. Elles en parlent à la maîtresse d’école. Et la réaction est toujours la même :
Mais à l’école c’est une élève modèle !
Elles se mettent alors à raconter comment ça se passe à la maison et la maîtresse tombe des nues. Et, là encore, c’est toujours la même phrase qu’on me raconte :
J’ai l’impression que vous me parlez d’un·e autre enfant
Tu as peut-être déjà entendu ce phénomène car on en parle pas mal dans les communautés neurodivergentes. Mais y’a un truc dont on parle beaucoup moins : ce phénomène ne s’arrête pas à l’âge adulte.
C’est ça que j’appelle ma vie de Loup-Garou.
Le schéma est le même : j’étais avenant et sociable toute la journée, puis je revenais à la maison et j’étais beaucoup plus renfermé avec ma partenaire. Parce que j’étais fatigué.
J’ai vu le phénomène encore récemment : un mec et une meuf autiste en couple. La meuf sait qu’elle est autiste, le mec est dans le déni mais elle sait qu’il est autiste. Ils vont à un événement social. Pendant l’événement son mec est le centre de l’attention, il fait rire tout le monde. Elle, elle préserve son énergie. Elle ne passe pas un mauvais moment mais elle sait que si elle faisait comme son mec ça épuiserait la batterie d’une journée en seulement une heure.
Le mec lui demande : mais ça va ? T’as l’air de pas aller bien.
Elle va bien, elle ne fait juste pas l’effort de faire la tête d’autiste qui va bien, c’est juste sa tête naturelle.
La soirée se termine, ils rentrent à la maison.
Et… subitement, le mec est taciturne, renfermé, de mauvaise humeur.
La pleine Lune est arrivée. C’est le loup-garou.
Il s’est passé quoi ? Exactement comme avec les enfants autistes à l’école : son mec utilise toute son énergie pour le contexte social et revient épuisé. Il ne peut alors plus faire ce niveau de masking. Il n’en a plus les réserves énergétiques.
Dans d’autres cas il va rentrer dans sa grotte.
Et, pareil, quand la meuf raconte aux potes du mec comment il est à la maison : personne ne la croit.
Pas en mode tu mens, hein ? C’est juste que même s’ils entendent ce qu’elle dit, ils pensent :
J’ai l’impression que tu me parles d’un autre mec
Le masking est une réaction de protection contre la stigmatisation
Comme le rappelle Pete Wharmby dans Untypical, le masking c’est ton système nerveux qui dit aux autres :
« Je serai qui vous avez besoin que je sois, mais s’il vous plaît, ne me faites pas de mal. »
Ne vous moquez pas de moi, ne me faites pas sentir que je suis bizarre, ne me décrivez pas comme une personne méchante.
En d’autres termes : ne soyez pas validistes.
Mais, du coup, moins ton espace safe est large et plus tu risques d’être une version épuisée de toi dans ce même espace.
En d’autres termes : avant j’étais “sympa” avec mes collègues et “renfermé avec ma partenaire. Maintenant je suis 60% “sympa” avec tout le monde, ce qui est une amélioration significative du point de vue de ma partenaire.
Je dis sympa à défaut d’un meilleur mot. L’idée c’est surtout pas de m’auto-stigmatiser : je ne suis pas une meilleure personne quand je fais du masking. Mais par contre c’était impossible pour moi d’être la personne que je voulais quand je rentrais avec les batteries totalement vide.
La semaine prochaine je te raconte comment j’ai fait, concrètement. On parlera notamment de pourquoi la théorie des petites cuillères est si mal comprise et comment ça s’applique à ces cas.
