Concrètement, la logistique pour prendre la "ritaline"
Encore une course d'obstacles
Avant de commencer j’aimerais revenir sur un truc que j’ai écrit précédemment :
Sauf que… je ne connais personne qui a reçu une prescription de méthylphénidate après un premier échange et sans examen complémentaire.”
Ce à quoi un ami m’a répondu :
Euh, moi ? Mon psychiatre a littéralement dit “ah bah si vous en avez déjà pris et que ça marche pour vous je vous en prescris”
Ça illustre un équilibre que j’essaie de tenir et qui est pas facile : edire ce qui est possible ET faisable de manière réaliste à la fois.
Par exemple, obtenir de la Ritaline normale alors qu’elle n’a pas d’autorisation de mise sur le marché pour les adultes qui n’en prenaient pas enfant c’est réaliste. Je connais plein de gens qui l’ont fait sans même savoir que c’était un souci.
Mon psychiatre ne savait d’ailleurs pas que c’était hors AMM quand je lui en ai parlé.
En revanche, convaincre un·e généraliste de te prescrire de la “ritaline” … c’est très compliqué.
Donc oui, je savais que c’était techniquement possible puisque le paragraphe juste avant t’expliquait qu’en théorie y’a absolument pas besoin de faire un bilan pour qu’un psychiatre diagnostique un TDAH, c’est-à-dire décide en quelques minutes que c’est ça pour ensuite te faire la prescription.
Mais ça me paraissait impossible dans le système actuel. Manifestement c’est possible même si c’est très dur.
Sans compter que mon ami est un homme blanc hétéro avec une énorme assertivité.
Il n’avait pas de diagnostic issu d’un bilan, il s’est procuré de la “ritaline” par ses propres moyens, en a pris pendant un long moment puis quand il est arrivé en disant au psychiatre qu’il en prenait… il a fait une prescription.
J’en profite d’ailleurs pour rappeler que les médecins ne sont pas des policiers. Je me rappelle que quand je voulais essayer la “ritaline” AVANT de m’engager dans la course d’obstacle, j’avais peur de le faire sans aucun avis médical.
Quelqu’un de ma communauté Skool m’a alors dit un truc qui m’a débloqué qui est que les médecins font le serment d’Hippocrate avant d’exercer. C’est symbolique mais l’idée c’est qu’on s’engage à SOIGNER avant tout, à diminuer les souffrances autour de soi.
Donc on m’a conseillé d’y aller en disant je vais prendre de la “ritaline” quoi qu’il arrive, dites-moi comment diminuer le risque au maximum.
Je te raconte ça parce que c’est important de savoir que tu peux demander de l’aide aux médecins même dans ces cas. Ce n’est pas une incitation à faire pareil : je suis un adulte qui a pris le risque, de la même manière que d’autres prennent des drogues récréatives illicites.
La galère de prendre concrètement de la “ritaline”
Tu pensais que la course d’obstacles d’obtention d’une prescription suffisait ? Que nenni ! Y’a une deuxième course d’obstacles quand tu commences à concrètement en prendre.
Déjà parce que la prise en elle-même est technique : faut bien faire attention de le faire assez tôt le matin (pour les version à libération longue) pour ne pas faire d’insomnie.
Mais qu’avant ça tu as une grande phase de titration. C’est-à-dire de réajustement avec le ou la psychiatre pour trouver la bonne dose et la bonne “marque” de méthylphénidate :
La dernière fois je te disais que, contrairement aux antidépresseurs, la “ritaline” n’a pas de précautions de sevrage à prendre. En revanche, elle a un point commun avec les antidépresseurs : on trouve rarement du premier coup ce qui va marcher.
Et, toujours comme les antidépresseurs, tu as le souci de l’habituation. Tes premières prises ne vont pas être identiques aux suivantes. J’ai lu quelque part (mais je ne retrouve plus où) que la phase d’habituation pouvait durer 12 semaines.
En faisant une recherche rapide sur Google je vois deux études qui vont dans ce sens mais que je n’ai pas lues. L’une d’entre elle dit :
Les patients atteints de TDAH ont montré des améliorations significatives de leur fonctionnement après 12 semaines de prise de méthylphénidate, mais pas après 4 semaines. Le niveau de QI et la présence d’un autisme concomitant prédisaient la sévérité du TDAH au moment de l’évaluation initiale.
En d’autres termes : il faut attendre 12 semaines pour qu’on ait vraiment une amélioration significative et c’est plus compliqué quand on est TDAH et Autiste à la fois.
Encore une fois je n’ai pas lu toute l’étude donc à prendre avec des pincettes mais ça te montre cette idée de phase où ton corps s’habitue à la molécule.
Mais… toutes ces difficultés sont presque négligeables face à celle de l’ordonnance sécurisée renforcée.
Heureusement, depuis janvier 2025, elle se fait de manière électronique (alors qu’avant ça devait être imprimé sur un papier spécial).
Mais ça rajoute des obstacles.
Règle #1 : elle peut être ratée
Une seule erreur du médecin dans le formatage de l’ordonnance et la pharmacie peut la refuser.
Règle #2 : Elle ne peut pas dépasser 28 jours
Te voilà donc avec un traitement que tu prends potentiellement tous les jours mais qu’il faut renouveler tous les 28 jours.
Pourquoi 28 jours ? On sait pas trop ? C’est 4 semaines, j’imagine puisque je vois que y’a des ordonnances sécurisées de 7, 14 et 28 jours. Sauf que… la plupart des gens organisent leur temps en mois et non en semaines.
Donc c’est très relou. Tu peux pas te dire : je renouvelle tous les 4 du mois.
En tout cas pas si tu consommes toute la boîte.
Heureusement, la réalité, c’est que la plupart des gens que je connais font des pauses, souvent le weekend. Voire iels en prennent un jour sur deux.
Bon en vrai ça serait pas si chiant si y’avait pas la deuxième règle :
Règle #3 : Tu dois venir récupérer la boîte dans les trois jours de l’émission de l’ordonnance
Cette règle serait encore plus infernale si les médecins n’antidataient pas les ordonnances. C’est-à-dire que tu vois le psychiatre par exemple le 7 juin et qu’il te fait l’ordonnance pour le 16 juin. Parce que sinon ça voudrait dire que tu devrais trouver un créneau de ton psychiatre pile le bon jour de renouvellement. Si tu connais un peu la surcharge des créneaux des psychiatres tu vois immédiatement le problème.
Cette pratique d’antidater est très courante mais ça les met en danger en cas de contrôle.
C’est aussi une des raisons qui fait que tant de psychiatres sont réticent·es à prendre en charge le TDAH, c’est une couche de complexité énorme.
Mais, même antidatée, il faut que tu viennes dans les trois jours de la date indiquée.
Sinon on te retire autant de cachets que de jours loupés.
C’est pas la fin du monde parce que techniquement t’as pas besoin de ces cachets mais c’est humiliant et infantilisant.
J’ai une pote qui a failli faire un meltdown en plein dans la pharmacie quand c’est arrivé.
Règle #4 : l’ordonnance n’est valable que dans UNE SEULE pharmacie
Typiquement, là, pour mon renouvellement qui aura lieu le 22 juillet, il a fallu que je choisisse une date où je serais sûr d’être à Paris entre deux moments où je serais ailleurs.
J’aurais aussi pu mettre un jour où je suis sûr d’être dans une ville donnée et choisir une pharmacie de la ville… mais déjà c’est une charge logistique et c’est m’exposer à tomber sur une mauvaise pharmacie.
Car oui, y’a des mauvaises pharmacies. Celles qui n’ont pas l’habitude d’en donner et sont pas organisées, celles qui te jugent quand tu en prends, etc.
J’ai donc demandé à ma généraliste où allait les patient·es à qui elle renouvelait les prescriptions de “ritaline” et elle m’a donné la pharmacie à choisir.
Surtout que y’a un autre souci :
Règle #5 : y’a parfois des pénuries de “ritaline”
Et quand ça arrive tu peux pas changer la pharmacie, tu dois attendre la commande. Heureusement, quand ça arrive on te retire pas le nombre de cachets après les trois jours de retard, on compte à partir du moment où tu es venu·e présenter l’ordonnance.
En tout cas c’est comme ça que mon pharmacien a fait quand il a fallu attendre un jour car il n’avait plus de Concerta 36 mg en stock.
Cette répression est dramatique
Oui, il s’agit de répression. Car le méthylphénidate est classé comme stupéfiant et a donc tout un arsenal de contrôle.
Sauf que… ça décourage les gens qui en ont besoin d’en demander.
D’ailleurs si voir ces obstacles t’a découragé, rappelle-toi que justement les avoir en tête va t’aider à naviguer. Dans mon cas ça a été beaucoup plus simple avec les règles en tête. C’est moins horrible que ce que j’imaginais. Surtout que y’a un paradoxe : le Concerta m’aide à subir les épreuves pour obtenir du Concerta.
Mais surtout… qui dit répression dit marché noir.
Donc les personnes s’en refilent mutuellement. Tu te retrouves alors à pas prendre la bonne dose, pas la bonne diffusion… et accessoirement en théorie si la police te contrôle et que tu as pas d’ordonnance ça pose souci.
Même si dans les faits, ça doit être très rare.
Certaines personnes vont même s’en procurer sur le Dark Web ou des dealers avec tous les dangers que ça implique sur le fait que tu ne sais pas exactement si c’est le bon truc qu’on t’a donné.
Pire encore… d’autres vont se tourner vers des drogues qui ont des effets similaires. Quand c’est le café, ça va. Mais quand c’est la cocaïne ou les amphétamines (les vraies), c’est un poil plus dangereux.
Mais bon… c’est la France.
Car en réalité même sur les drogues “dures” c’est absurde de faire de la répression. Mais c’est un autre sujet. Un jour on pourra faire une semaine sur comment le Portugal a dépénalisé les drogues et comment ça a diminué et non augmenté la consommation.

