Ça sert à rien de savoir qu'on est autiste ? [Best of]
Plus que 6 heures pour la promo
Spoiler : si. Ça sert de ouf.
Mais on va le faire en version plus longue, tu te doutes bien.
Je me disais que ça servirait à rien
Ma partenaire insistait : tu devrais creuser la piste de l’autisme.
Je répondais un truc du genre : mais ça va changer quoi de mettre un mot dessus ? Oui je pense que je suis un peu autiste mais pas complètement. Mais admettons que je le sois complètement… ça changera rien ? J’ai vécu toute ma vie avec et je vais bien.
Oh boy…
Déjà : la notion d’être un peu autiste est extrêmement dangereuse. Généralement on est autiste ou on ne l’est pas (à une exception près qu’on appelle les cousin·es).
Ensuite : j’étais totalement dans l’erreur.
Premièrement parce que le simple mot est une aide. Bah oui… avant ça on disait de moi que j’étais :
arrogant,
provocateur et conflictuel,
têtu,
incapable de déléguer,
chelou (quand j’étais enfant),
indigne d’amour (ou trop dur à aimer),
ochan (c’est un mot en créole qui est un mélange entre arrogant et ne pas savoir rester à sa place)
Bon bah même si le mot autiste est malheureusement très péjoratif dans l’opinion publique, au moins ça fait plus qu’un seul mot semi-insultant au lieu des insultes franches.
Mais surtout… j’ai découvert que je n’étais pas un alliste spécial mais bien un autiste banal.
Cette sensation est tellement réparatrice. D’ailleurs souvent les allistes (les non-autistes) ne comprennent pas. Mais quand on a vécu toute sa vie à se sentir d’une autre planète bah c’est super cool de trouver le nom de la planète, l’histoire de cette planète et surtout d’autres gens de la même planète.
Y’a un concept très puissant en psychothérapie TCC qui est common humanity
L’idée de common humanity c’est le fait de voir nos difficultés et lacunes comme une composante fondamentale de ce qui fait de nous des humains plutôt que des échecs personnels qui nous séparent et nous isolent des autres personnes qui, selon nous, s’en sortent mieux que nous
Je suis assez fort à développer ce sentiment en moi et à m’aimer MAIS avant l’autisme je ne pouvais m’empêcher de constater que certaines lacunes semblait me concerner uniquement.
Ça fait tellement bien de trouver des millions de gens avec exactement les mêmes.
Enfin… au-delà du simple mot ce qui compte c’est comprendre la réalité complexe et étoffée de l’autisme et voir comment ça influence TOUTE MA VIE. Au point qu’en ce moment j’en suis même à me dire que j’ai vraiment pas de personnalité, toutes les singularités que j’avais je trouve des autistes qui disent ah bah oui moi aussi ! Alors qu’avant de ma vie j’étais vraiment le seul comme ça.
Choisir le masque
Si tu es adulte et que tu ne sais pas que tu es autiste alors y’a que deux options :
Tu n’es pas autiste
Tu es autiste et tu sais le masquer, sinon on t’aurait repéré à l’enfance
Note : le niveau de conscience de l’autisme en France est si bas qu’il suffit d’un seul gramme de masque pour ne pas être repéré. Je dis pas que tu masques admirablement bien.
Tout le monde porte un peu un masque social mais chez les autiste c’est d’une ampleur qui n’a rien à voir. Le masking c’est le fait de cacher tes bizarreries pour ne pas te faire rejeter.
Et c’est un instrument de survie sociale. Je ne te dirais pas d’arrêter tout le temps. En revanche c’est aussi un outil super dangereux pour ta santé mentale. Plus tu masques et plus tu risques :
fatigue
anxiété
dépression
trouble du comportement alimentaire
addictions
syndrome de stress post traumatique
Donc savoir que tu es autiste et ce qu’est le masque va te permettre de savoir comment l’enlever quand ce n’est pas nécessaire, pour protéger ta batterie.
Maîtriser ta batterie
C’est l’autre avantage de savoir que tu es autiste : tu vas développer une finesse de perception de ta batterie. Avant c’est comme si je voyais uniquement quand ma batterie était dans le rouge. Maintenant je sais dire exactement le pourcentage (c’est une métaphore) et en plus je connais les trucs qui épuisent la batterie.
On appelle ça les triggers (ou déclencheurs) autistiques. Et, comme tu n’es pas la première personne autiste sur terre (common humanity) tu as des gens qui ont déjà fait la liste des plus courants.
Disponible dans ma formation précédente sur l’autisme.
Y’a principalement trois catégories : les déclencheurs sociaux, sensoriels ou de pensée rigide.
Souvent on connaît bien ses déclencheurs sociaux mais pas ceux de la pensée rigide ou de la sensorialité.
Moi par exemple j’ai compris que c’était vraiment le bruit en cacophonie qui m’épuisait dans les situations sociales de type bar (alors que la musique forte d’une boîte de nuit ne me dérange pas car y’a pas de cacophonie).
Du coup maintenant je porte des bouchons d’oreille super discrets.
Et à la fin je suis moins épuisé.
Ce n’est qu’un exemple parmi une dizaine de mesures que j’ai prise pour diminuer mes déclencheurs.
Dompter la vie d’adulte
L’autisme vient avec un déficit des fonctions exécutives. En résumé : les compétences de la vie d’adulte. J’ai toujours dit que j’avais la phobie administrative ou que je savais pas cuisiner. Mais on me faisait me sentir honteux pour ça. Maintenant je peux revendiquer avec force : c’est ni drôle, ni une honte, c’est l’autisme, tu veux m’aider ou pas ?
Et bien sûr que mes proches m’aident désormais.
Mais même moi, j’ai accepté de m’aider, de ne pas abandonner. Par exemple j’ai acheté un agenda TDAH (car c’est le même déficit de fonction exécutive) et je suis beaucoup mieux organisé je suis choqué. C’est juste que les agendas classiques ne marchent pas sur moi car ils sont pensés pour les gens sans souci de fonction exécutive.
Cet agenda m’a permis d’enfin boire suffisamment chaque jour (car je dois remplir une jauge d’hydratation) ce qui en retour a diminué de 95% les énormes soucis que j’avais aux toilettes. Pour te dire, ça avait atteint un point où je devais me faire opérer parce que les médecins voyaient pas d’autre solution aux hémorroïdes de ce niveau.
Alors oui, ils me disaient bien que faut boire… mais pour moi “boire” c’était genre 3 verres d’eau par jour. Maintenant que j’en bois 8-9… bah le problème s’est quasiment entièrement évaporé.
Amélioration des relations avec les proches
Forcément, avoir les mots sur l’autisme permet d’obtenir de l’indulgence et même simplement de mettre des mots sur les situations. Je fais partie des autistes qui font des shutdowns. Donc je perds la parole dans certaines situations. Avant… ma partenaire pensait que je voulais la punir comme un vieux mec (je ne nie pas être un vieux mec, mais pas dans ce cas). Ça provoquait une énorme incompréhension qui pourrissait nos vies.
Maintenant c’est beaucoup plus simple (même si ça reste dur) : ne serait-ce que parce que je suis enfin vu comme subissant un truc (et non le choisissant) ce que je me tuais à expliquer depuis des années.
Relations autistiques
Si tu es autiste tu vas te rendre compte que des proches aussi, c’est même pour ça que vous êtes proches. Donc tu vas pouvoir leur faire réaliser leur autisme et partager vos stratégies ensemble. Ça créera aussi un espace sans le masque. Par exemple mon amie Nina n’avait jamais osé me dire qu’elle détestait quand je traverse au feu rouge piéton. C’est un trait de sa psychorigidité autistique. Bah maintenant je fais l’effort de ne pas le faire.
Je me suis aussi rendu compte que des personnes que j’avais connues était autistes et donc je les ai recontactées juste pour en discuter… et ça aussi ça fait grave du bien.
Se sentir appartenir à un peuple.
Ceci est la dernière relance
Dans moins de 6 heures c’est la fin de la promo de la formation
ES-TU AUTISTE ? 3 semaines pour lever le doute en solo et sans paperasse

