7 idées reçues sur la “ritaline”
"Ritaline" = Méthylphénidate
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Je crois que je n’avais jamais entendu parler de ritaline avant de m’intéresser au TDAH. Mais genre jamais. Un truc aussi méconnu génère donc forcément des idées reçues qu’on va essayer d’explorer.
1. Je n’ai AUCUNE idée de ce que c’est
Bon, ce n’est pas une idée reçue en soi, c’est plutôt l’absence d’idée. Mais c’est tellement la réaction la plus courante que je me suis dit que fallait l’inclure pour te donner une idée fidèle de ce qui va se passer si tu parles de “ritaline” à quelqu’un.
La plupart du temps y’aura pas d’idée reçue à combattre : la personne sera une feuille vierge.
Tant mieux, en vrai.
Une des raisons pour ça c’est que c’est très récemment que la France a autorisé la “ritaline” pour les adultes.
Le méthylphénidate a obtenu une AMM (autorisation de mise sur le marché) chez l’adulte pour lequel un impact fonctionnel modéré à sévère sur au moins deux composantes (professionnelle et/ou universitaire, sociale y compris familiale) est mis en évidence et lorsque la présence de symptômes du TDAH a bien été établie dans l’enfance en 2021.1
En 2021 ! Avant ça le méthylphénidate (la “ritaline”) ne pouvaient pas être prescrit à des adultes qui n’en avaient pas eu à l’enfance.
Car oui, c’était autorisé pour les enfants puis ces mêmes enfants pouvaient persister.
Bon… en fait c’est un peu plus compliqué car un médecin peut faire des prescriptions hors AMM. Un médecin dispose de sa liberté de prescription. Mais… d’une part, il engage sa responsabilité en faisant ça et d’autre part ça veut dire que la sécurité sociale ne remboursera pas le ou la patient·e.
En 2017, l’ANSM (l’agence nationale de sécurité du médicament) se plaignait bruyamment des médecins qui le prescrivaient chez l’adulte, donc ça existait bien :
Il est également observé la persistance d’un nombre restreint d’initiations de traitement chez des patients adultes atteints de TDAH, ce qui constitue une utilisation hors AMM de ce médicament en France qui peut favoriser la survenue d’effets indésirables graves2
Toujours en 2017, d’ailleurs, l’ANSM rajoute :
Le rapport met également en évidence qu’environ 30% des initiations de traitement sont réalisées par des médecins libéraux, spécialistes et généralistes alors que la primo-prescription doit être réalisée par un spécialiste hospitalier3
Je trouve ça fou comment t’as des règles et on peut quand même les contourner. C’est comme le jour où j’ai essayé de convaincre un·e médecin généraliste de me faire la première prescription de méthylphénidate et qu’iel a presque accepté en disant qu’en réalité personne à la pharmacie n’irait vérifier qu’iel est généraliste et pas psychiatre.
Je ne te dis pas ça pour t’inciter à faire pareil, aujourd’hui je ne le referai pas parce que je vois à quel point c’est important d’avoir un psychiatre au début pour ajuster le dosage si ça marche pas du premier coup.
C’est un des trucs que je trouve le plus chiant avec le système administratif français : aucune règle n’est parfaitement stable.
Tout ça pour dire : c’est normal qu’en 2026 les gens ne connaissent pas le méthylphénidate puisqu’il n’avait pas d’autorisation sur le marché pour les adultes avant 2021.
2. C’est pour les enfants
Si tu rajoutes mais si, le truc qu’on donnait aux enfants hyperactifs : y’a une partie des gens qui va identifier.
Mais bon, je te le recommande pas forcément parce que tu vas te retrouver souvent avec le point suivant…
3. Ah mais c’est une amphétamine !
Je crois que ça c’est la pire, la plus reloue et la plus tenace. Même des médecins disent ça.
Y’a deux scénarios. Soit la personne dit aaaaaaah mais c’est l’aderall, non ? De l’amphétamine !
Alors là… bon courage.
Va lui expliquer que non c’est pas l’aderall, c’est un autre traitement du TDAH et que d’ailleurs l’aderall c’est pas de l’amphétamine, mais un dérivé. Pour ça que l’aderall est utilisé en médicament mais pas l’amphétamine.
Oui, techniquement l’Aderall est bien une variété d’amphétamine. Mais le souci c’est que quand tu dis “amphétamine” on pense à celle qui sert de drogue, genre la métamphétamine.
Tu sais le truc dans Breaking Bad, la “meth”, bah c’est ça. Enfin… askip car j’ai jamais vu cette série.
En revanche le méthylphénidate c’est vraiment pas du tout de l’amphétamine (même au sens amphétamine “médicale”).
Alors oui c’est la même famille mais une fois qu’on a dit ça on a pas dit grand chose.
Voilà comment se classe la méthamphétamine, l’amphétamine et le méthylphénidate dans une estimation des dégâts pour l’individu et la société :
Si tu me suis depuis longtemps, tu as reconnu ce tableau puisqu’on l’avait utilisé pour montrer que l’alcool est une des drogues les plus puissantes et dangereuses de la planète.
La différence principale entre l’amphétamine récréative et le méthylphénidate c’est que l’amphétamine est neurotoxique : elle a un comportement intrusif dans les neurones, dont elle dégrade la structure pour faire son effet. Rien de ça avec le méthylphénidate.
4. Ça rend dépendant
Là ça s’appuie sur une aucune donnée. Au contraire le méthylphénidate permet souvent de réduire l’addiction d’une personne.
Car, ce qui est vrai, c’est que beaucoup de personnes qui ne savent pas qu’elles sont TDAH sont victimes d’addiction. :
Les personnes ayant un TDAH ont un risque plus important d’usage abusif de substance à partir de 17 ans (x8). En effet, 30 à 50% des adolescents abusant de substances ont un TDAH. Le TDAH raccourcit le délai de première consommation comme dans la consommation de tabac qui débute en moyenne deux ans plus tôt.4
Justement parce qu’on cherche une autre béquille pour compenser le TDAH.
5. Ça agit sur la dopamine (vrai mais incomplet)
C’est pas faux. On l’a vu : le méthylphénidate va venir ralentir la recapture de la dopamine.
Mais c’est incomplet : ça fait aussi ça avec la noradrénaline.
Bon… on s’aventure encore trop loin de mes champs d’expertise mais de ce que je comprends la dopamine est le neurotransmetteur qui permet d’initier et renforcer des actions.
Contrairement à une idée répandue : elle n’est pas l’hormone du plaisir.
D’ailleurs, au fond de toi, tu le sais : quand tu scrolles infiniment sur TikTok qu’on t’a vendu comme étant un shoot de dopamine, ressens-tu du plaisir ?
Je n’ai rien contre le fait d’aller sur TikTok, je le fais aussi, mais ici je parle du doom scrolling… quand tu le fais sans plus savoir pourquoi.
De plus, ça se passe AUSSI dans le sens inverse de ce qu’on t’a dit : TikTok c’est pas “un shoot de dopamine”, c’est avant tout : une activité qui coûte peu en dopamine. Au sens où tu n’a pas besoin d’avoir beaucoup de dopamine pour que ta motivation s’enclencher à y aller. Oui, après y’a une rétroaction qui va maintenir la dopamine mais au début c’est bien la dopamine qui te fait aller vers TikTok et non pas l’inverse.
Ensuite tu as la noradrénaline qui est un neurotransmetteur qui permet de savoir sur quoi porter ton attention, de créer de la vigilance, la sensation d’éveil.
Ce qu’on appelle la motivation dépend donc de la dopamine ET de la noradrénaline (j’ai pas dit “que de”). Ça dépend même d’un équilibre : tu ne dois pas avoir trop de dopamine par rapport à noradrénaline, ni l’inverse, sinon ça affecte ta motivation.
Et… si tu veux une personne qui en parle sérieusement, voici la vidéo de Za correspondante où j’ai appris tout ça :
6. Ça marche que si t’es TDAH (alors que c’est que 70% des TDAH)
Non. Pour la simple et bonne raison que ça n’est pas une molécule que Dieu a inventé spécialement pour les TDAH. Donc tous les cas sont possibles :
Tu es TDAH et ça marche bien
Tu es TDAH et ça marche bof
Tu es TDAH et ça marche pas
Tu es neurotypique et ça marche
Tu es neurotypique et ça marche pas
D’ailleurs le chiffre qui revient le plus souvent c’est 70% de TDAH chez qui ça va marcher.
Ici “marcher” veut dire qu’on obtient assez d’effets positifs pour que la personne accepte les effets secondaires négatifs quand il y en a (les plus fréquents étant l’insomnie et la perte d’appétit).
Ça veut quand même dire que 30% des TDAH n’arrivent pas à retirer un effet positif net de la “ritaline”.
C’est tout sauf négligeable.
7. C’est la seule molécule possible
Bon… t’imagine bien que si la France a attendu 2021 pour avoir une autorisation de mise sur le marché auprès des adultes pour le méthylphénidate… c’est compliqué sur le reste.
Par exemple, l’Aderall n’est pas autorisé en France alors que c’est un des médicaments les plus prescrits aux USA. En revanche, depuis 2025, la lisdexamfétamine (Xurta, Vyvanse, Elvanse…) a été autorisée.
C’est même la recommandation “en seconde ligne” pour les enfants. En gros, si un enfant fait partie des 30% pour qui le méthylphénidate ne marche pas, le psychiatre est supposé tlorienter vers ça.
Pour les adultes ça peut être le traitement de première intention.
MAIS… ce n’est remboursé qu’à 30% par la sécurité sociale.
Et, en ce qui concerne les autres molécules (guanfacine, atomoxétine…)… laisse tomber.
Tu viens après-demain ?
J’essaie un nouveau format : juste venir et répondre aux questions du chat. Si tu veux venir tester c’est par ici : https://event.webinarjam.com/9y032/register/64qmyc5n?utm_source=substack


