11 phrases inspirantes que l'on dit souvent mais qui sont fausses

1) Si tu ne t'aimes pas toi-même, les autres ne pourront pas t'aimer

Mais alors là… n’importe quoi ! Ma mère m’aime à la folie. Que je m’aime ou pas. Moi-même j’aime passionnément des personnes qui ne s’aiment pas.

Je sais que ça part d’une bonne intention mais il faut arrêter de dire ça aux gens : c’est cruel.

Je crois que je n’ai jamais rencontré une personne qui ne recevait pas d’amour. Alors je te le dis : tu es une personne aimée. Que tu t’aimes toi-même ou pas.

Je sais ce qu’on entend par là : c’est en effet super important de s’aimer. Oui, ça c’est vrai. Ça facilite la vie. Vraiment.

D’ailleurs, si tu veux générer de l’admiration c’est plus facile de le faire en étant toi-même. Or, pour être soi-même il est plus facile de s’aimer. Donc pour se faire admirer il vaut mieux s’aimer soi-même.

Mais l’admiration ce n’est pas l’amour.

2) Si tu peux le rêver, tu peux le faire

J’ai découvert que cette phrase était fausse en faisant des recherches pour écrire mon livre (que j’ai enfin fini). Voici comment Dan Gilbert l’a démontré dans Stumbling on Happiness :

On a demandé aux volontaires d'une expérience de s'imaginer demander un rencard à la personne sur qui ils ont eu un gros coup de coeur. Et, ceux et celles qui avaient imaginé les fantasmes les plus élaborés et agréables sur la manière d'approcher leur coup de coeur ont été ceux et celles qui sont le moins passés à l'action les mois qui ont suivi l'expérience

En résumé : le fait d’avoir rêvé de quelque chose va diminuer ta volonté de le faire. Parce que ton cerveau va alors vouloir protéger le fantasme. Il se dit “ok, j’ai vécu partiellement la satisfaction par cette simulation mentale, alors pourquoi remettre tout en jeu ?”

Cette phrase sous-entend que le rêve est la meilleure des motivations. C’est faux.

Si c’était le cas n’importe qui pourrait faire de grandes choses, puisque tout le monde rêve.

Ne parlons même pas de ce qu’elle dit littéralement. Il est évident qu’elle est littéralement fausse : certaines choses sont impossibles.

Certaines personnes n’ont, par exemple, tout simplement pas les aptitudes physiques minimales nécessaires pour devenir championnes du monde de football. En rêver, ou même travailler de manière acharnée, n’y changera rien.

3) L'échec est le meilleur des professeurs

Je n’ai jamais compris pourquoi certaines personnes disaient ça. Là aussi, j’ai trouvé des soutiens dans mes recherches pour écrire mon livre.

"Je pense que l'idée selon laquelle on apprend davantage grâce aux échecs est fausse. C'est une bonne chose à dire pour que les gens se sentent mieux mais quand vous voulez apprendre à faire quelque chose bien vous commencez par étudier les gens qui sont vraiment bons. Vous n'allez pas étudier tous les sprinteurs nuls pour apprendre à courir vite : vous allez étudier les meilleurs sprinteurs, les plus rapides."

En vérité ce qui nous permet d’apprendre c’est la difficulté. La nuance est de taille : se faire écraser 12-0 au football ne va pas m’apprendre grand chose. Gagner 12-0 non plus. En revanche, une victoire ou une défaite de justesse va être riche d’enseignements.

4) Il faut suivre sa passion

C’est un des meilleurs conseils du monde. Mais dit comme ça, c’est un des pires. Mea culpa, je pense que je l’ai déjà dit comme ça. Le problème ici c’est le verbe suivre. Il donne l’impression qu’on a déjà une passion, une vocation en soi et qu’il suffit de la laisser nous porter. Alors, qu’en vrai, c’est super dur de trouver une passion en soi, par introspection.

Il vaut mieux essayer de faire plein de trucs jusqu’à devenir bon quelque part et se passionner pour cette chose.

On doit donc réussir à se passionner, plutôt qu’à suivre sa passion.

5) C’est le karma

Je crois que c’est l’idée qui me débecte le plus. Premièrement parce qu’il s’agit d’une caricature ethnocentrée du concept. Dans la religion hindoue, le concept est intéressant et complexe.

Le karma porte sur l’ensemble de nos vies (réincarnations) et non pas une seule vies. À la fin d’une vie, si on a fait trop de mal on sera puni en étant réincarné dans une forme de vie inférieure. Le karma ne porte pas donc sur la vie actuelle. On peut pas dire “non mais cette semaine il m’arrive que des ennuis car j’ai dû déclencher un mauvais karma”.

Deuxièmement, avoir défiguré le concept de la sorte le rend stupide. En effet, s’il y a un karma au sens où on l’entend dans nos discussions courantes, comment expliquer la traite négrière, par exemple ?

Il faudrait m’expliquer ce qu’ont fait les esclaves en Guadeloupe dans leur vie pour mériter ça ? Sachant que beaucoup sont nés esclaves. Ils ne le sont pas devenus. Ils n’ont donc pas eu le temps de faire quoi que ce soit de malveillant.

Il faudrait également m’expliquer comment se fait-il que l’économie guadeloupéenne soit encore actuellement dominée par les descendants des colons ? Pourquoi le karma ne les a pas puni ? Il va les punir quand ?

De manière générale, c’est un peu bizarre d’emprunter comme ça le concept d’une religion (l’hindouisme) qu’on ne connaît pas. On adore faire ça, en Occident.

6) Si tu penses à des choses positives, il t'arrivera des choses positives

On appelle aussi cette fumisterie la Loi de l’Attraction. Dans les cercles du développement personnel en tout cas. Car, dans les sciences sociales on appelle ça “la méthode Coué” ou “le positivisme”.

Il s’agit de croire qu’en se concentrant en pensée sur ce qu’on veut, l’Univers va nous le donner. C’est un peu l’inverse du karma version occidentale. Wikipédia nous apprend que ce concept a été inventée par un courant qui s’appelle La Nouvelle Pensée. Qu’est-ce donc ?

La Nouvelle Pensée (New Thought), parfois également appelée Penser Nouveau, est un courant de pensée religieux qui s'est développé dans la seconde moitié du xixe siècle aux États-Unis et existe encore de nos jours.

Les partisans de la Nouvelle Pensée adhèrent tout d'abord à une théorie de la guérison mentale selon laquelle toute maladie est provoquée par des croyances erronées : selon eux, une « pensée correcte » a un effet guérisseur. Ce même principe s'appliquerait à d'autres aspects de l'existence : il existerait ainsi une Loi de l'attraction permettant qu'une pensée positive dirigée vers un but déterminé aboutisse à sa concrétisation dans la réalité.

Cette croyance est très séduisante. Pourtant elle est facile à réfuter : revenons à l’esclavage. Est-ce que les esclaves auraient pu s’en sortir en se concentrant très fort sur leur libération ?

En plus d’être fausse, cette croyance est extrêmement dangereuse pour la santé mentale. On en reparlera dans un article dédié. Mais fais très attention si un de tes proches tombe dedans.

7) N'abandonne jamais

On l’a déjà vu ensemble mais c’est un très mauvais conseil, dit comme ça.

En effet, persister dans un cul-de-sac est suicidaire. Il faut donc apprendre à persévérer dans les mauvaises passes mais à abandonner dans les situations sans issues.

Par exemple, il faut savoir si je suis dans un couple qui passe par une mauvaise passe ou si mon partenaire est carrément toxique.

Il faut savoir si mon entreprise est dans une mauvaise passe ou si elle est vouée à n’avoir jamais de client.

Il faut savoir si j’ai une baisse de motivation passagère pour faire du judo ou si en fait je déteste le judo et je le faisais uniquement pour mes parents.

Une astuce pour différencier le cul-de-sac du simple creux ? La règle de l’enthousiasme. Demande-toi ce que t’apporterait de redoubler d’effort. Quelle est la perspective si tu te mets à accélérer ? Si elle ne te réjouit pas c’est qu’il faut abandonner.

En d’autres termes : accélère ou abandonne, mais ne stagne pas.

8) Le travail finit toujours par payer

Faut vraiment être un cadre privilégié dans un bureau pour croire ça. Si c’était vrai, nos salaires dépendraient de notre quantité de travail. Or, ce n’est pas le cas. Un éboueur ne travaille pas moins qu’un contrôleur de gestion.

Il faut apprendre l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas des divinités. Il n’y a donc pas de lien direct entre la quantité de travail et les résultats.

On peut travailler énormément et faire un truc nul. On peut travailler peu et faire un truc génial.

En revanche, il y a quelque chose de vrai : s’améliorer en permanence procure du bonheur. Si on apprend justement à faire attention au chemin plutôt qu’à la destination.

9) Rien n'est impossible

C’est un peu la cousine de “si tu peux le rêver tu peux le faire”. Je remarque que cette phrase est toujours proférée par des personnes qui sont nées dans des familles riches. Des personnes qui, d’ailleurs, nieront qu’elles font partie des 20% les plus riches.

Pour rappel, une personne qui gagne 2800€ bruts fait partie des 20% les plus riches. Ça fait 2100€ avant impôts.

Quelqu’un qui gagne 2800€ nets après impôts fait partie des 9% les plus riches.

Alors oui, c’est sûr que quand on naît dans une famille qui fait partie des 20% les plus riches, beaucoup de choses sont possibles.

Il en va autrement quand on doit travailler pendant sa scolarité pour subvenir aux besoins de sa famille.

Souvent, on nous brandit des personnes qui ont réussi à s’en sortir. Certes. Mais c’est le biais du survivant (ce que j’appelle le syndrome du spermartozoïde) : la personne qui a réussi masque les 10 000 qui se sont écrasées. Alors en effet, c’est pas impossible mais c’est tellement improbable que personne ne parierait dessus.

Ceux qui disent qu'on peut tous s'en sortir s'en sont déjà sorti, cela va sans dire. J'dis pas qu'ils t'ont menti mais y a des gens qu'la vie a déjà anéanti, qu'ont pas su rebondir, sortir de l'incendie. Pas les mêmes aptitudes pour savoir faire des thunes ou des grosses études, pour certains, c'est foutu.

10) 100% des gagnants du loto ont tenté leur chance

Ah bah oui. Mais 100% des perdants aussi. Or, les perdants sont beaucoup…beaucoup plus nombreux.

Le Loto est un bon exemple, bien sûr, un très bon cas d'étude de la façon dont les gens calculent les probabilités. Et les économistes appellent le Loto une taxe sur la stupidité, puisque les chances de gagner quoi que ce soit en achetant un ticket de Loto sont à peu près équivalentes à jeter l'argent par la fenêtre.

Pourquoi quiconque voudrait jouer au Loto? Et, il y a de nombreuses réponses, mais une des réponses est : on voit beaucoup de gagnants, n'est-ce pas?

Quand avez-vous vu pour la dernière fois des interviews complètes de tous ceux qui ont perdu? En vérité, si on demandait aux chaînes de télévision de montrer une interview de 30 secondes de chaque perdant chaque fois qu'elles montrent un gagnant, les 100 millions de perdants de la dernière loterie demanderaient 9 ans et demi de votre temps, simplement pour les entendre dire, "Moi? J'ai perdu". "Moi? J'ai perdu". Alors, si vous regardiez 9 ans et demi de télévision -- sans dormir, sans pause toilettes -- et que vous voyez perdant après perdant, suivi d'une séquence de trente secondes de "moi, j'ai gagné". il est très peu probable que vous alliez jouer au Loto. 

11) La violence ne résout rien

Là encore une parole de cadre privilégié. Souvent ce genre de phrase est, ironiquement, dite par des gens très violents. Ce n’est pas parce que quelqu’un est poli qu’il n’est pas violent. Voter une loi qui va mettre des milliers de personnes à la rue est extrêmement violent. Peu importe qu’on le fasse poliment.

Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout disent, avec une bonne figure, une bonne conscience "Nous, nous qui avons tout, on est pour la paix !"

Tu sais c'que j'dois leur crier, à ceux-là ? Les premiers violents, les provocateurs de toute violence, c'est vous ! Et quand, le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos p'tits enfants, avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d'inconscients que n'en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir.

C’est une incompréhension fondamentale de la dynamique de pouvoir. Le pouvoir s’obtient violemment. Heureusement, il y a deux leviers de pouvoir : le pouvoir physique et le pouvoir spirituel.

On peut donc exercer du pouvoir sans avoir recours à la violence physique soi-même. Mais il faut quand même qu’on influence quelqu’un qui peut recourir à la violence physique. Le gouvernement a besoin d’avoir une police pour faire respecter certaines lois.

Ceci n’est pas une apologie du concept de la police mais un constat : certaines lois seraient impossibles à appliquer parce qu’elles vont contre la volonté populaire.

Il n’existe aucun groupe d’humains qui ait conquis le pouvoir sans violence, au moins verbale.

D’ailleurs je remarque que selon la personne qui parle, la tolérance à la violence change. C’est-à-dire qu’on trouve violent les gens qui sont dans le camp opposé, mais on ferme les yeux sur notre propre violence.


Avant de partir…

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